D’où vient Kâ
La genèse de Kâ Expertise n’est pas un business plan. C’est un cheminement — spirituel, intellectuel, existentiel — en dix étapes, de l’épingle à cheveux d’un rêve d’enfant à Abidjan jusqu’à la décision d’aller au cœur du système pour y déployer ce qui est déjà là.
I
Le rêve
Abidjan, années 80Quand j’étais petit, aux alentours de mes 10 ans, en Côte d’Ivoire à Abidjan, je faisais un rêve récurrent. Dans ce rêve, j’étais minuscule. Pas plus grand qu’une épingle à cheveux déposée sur mon oreiller. Longtemps après, je comprendrai qu’il y avait déjà là une interrogation sur la conscience que j’avais de moi-même — que ce qu’on appelle l’ego, qui paraît être gigantesque, est en fait minuscule, et fait partie de quelque chose de beaucoup plus grand.
II
Les canons à trois voix de Pachelbel
Abidjan, milieu des années 80J’étais en 5ème au collège Jean Mermoz à Abidjan. Ce jour-là, notre dernier cours de fin de journée, aux alentours de 17h, c’était la musique. Notre professeur nous a fait écouter les canons à trois voix de Johann Pachelbel. Un véritable ravissement de l’âme. Je venais de découvrir la beauté — celle qui touche au plus profond, bien au-delà de ce que le cerveau peut saisir. Quelque chose en moi a été touché, transporté, sans que je puisse l’expliquer.
III
L’allégorie de la caverne de Platon
Enghien-les-Bains, 1992J’étais en classe de terminale S au lycée Gustave Monod d’Enghien-les-Bains. Mon objectif était d’être l’un des meilleurs élèves de mon lycée afin d’intégrer une prestigieuse école préparatoire de mathématiques à Paris. J’étais le parfait petit soldat. Vint alors ce fameux cours de philosophie. Ce jour-là, notre professeure nous a partagé une photocopie de l’allégorie de la caverne du livre VI de la République de Platon, et a commencé une lecture à voix haute. Des êtres humains enchaînés au fond d’une caverne, ne voyant que des ombres sur la paroi. L’un d’eux est détaché, traîné vers la sortie dans la douleur, et découvre le soleil, les arbres, les rivières — le réel. Puis on le fait redescendre. Ce texte a été un ravissement philosophique total. Mon âme s’est embrasée. Pour la première fois de ma vie, je ressentais quelque chose de mystérieux à l’intérieur de moi s’éveiller, qui dépassait mon esprit rationnel.
IV
La dialectique du maître et de l’esclave de Hegel
Enghien-les-Bains, 1992Plus tard dans l’année, notre professeure de philosophie nous a partagé un autre texte : la dialectique du maître et de l’esclave de Hegel. Deux hommes s’affrontent dans un duel à mort. L’un prend peur pour sa vie et renonce au combat — il devient l’esclave. Le maître ne fait plus rien, l’esclave exécute tout. Mais par le travail, l’esclave acquiert la connaissance, tandis que le maître sombre dans l’ignorance. Renversement dialectique : l’esclave devient le maître, et le maître l’esclave. J’étais bouleversé. Je ne savais pas pourquoi, mais dans la même continuité que les événements précédents, quelque chose à l’intérieur de moi, que je ne contrôlais pas, se nourrissait de ces événements et grandissait.
V
La déception
Enghien-les-Bains, 1993Troisième trimestre. J’avais réalisé tous mes objectifs. J’étais l’un des meilleurs élèves de mon lycée, accepté à Chaptal, à Janson de Sailly. Ce jour-là, je marchais dans un des couloirs vides de mon lycée, et une élève de ma classe vient à ma rencontre : « Tu dois être heureux Stéphane, tu as atteint tous tes objectifs ! » J’ai eu l’honnêteté de me dire que non. Je n’étais pas heureux. J’aurais pu me raconter une histoire, faire semblant, jouer la comédie sociale. Mais les événements précédents avaient déjà commencé à faire bouger quelque chose en moi. Je ne me suis pas menti.
VI
La question
Paris — Oxford, été 1993Une question commence à me prendre la tête : qu’y a-t-il après l’infiniment grand ? Les galaxies, les amas de galaxies, l’univers — et après, il y a quoi ? De même pour l’infiniment petit : les molécules, les atomes, les quarks… et après ? En passant par la gare du Nord, j’achète un Science & Vie spécial Einstein. Pas par vraie passion — parce qu’un futur élève de Chaptal lit ce genre de choses. Comédie sociale. Mais comme le dit Hegel, c’est la « ruse de Dieu » : Dieu se servant de mon désir égotique pour réaliser sa propre volonté. Dans cette revue, je découvre l’effervescence scientifique du début du XXème siècle, la relativité, la mécanique quantique, et surtout cette idée d’unification — qui dépassait la physique pour embrasser les sciences humaines et la religion. Ça me parle.
VII
L’illumination
Oxford, 27 août 1993Je suis dans ma famille d’accueil à Oxford. Le soir du 27 août 1993 — veille de mes 18 ans — aux alentours de 22h. Assis à mon bureau, un stylo à la main, un cahier Oxford University d’une centaine de pages. Je me dis : aujourd’hui, je vais répondre à cette question. Qu’y a-t-il après l’infiniment grand et avant l’infiniment petit ? Puis tout explose. Une accélération subite de ma pensée, telle la roue qui tourne tellement vite qu’elle semble immobile. J’écris. Des pages et des pages. Des dessins, des équations, parlant de tout. Pendant plus de douze heures. Le lendemain midi, je sors. Il fait beau. Je descends la rue, j’achète une canette de Pepsi, et là — j’atteins le sommet : TOUT EST UN. Le sentiment océanique. Une énergie unique qui imprègne toutes choses, moi-même compris. Un sentiment d’amour, d’éternité, d’unité infinie. La question se dissout dans l’évidence. Comme dit l’adage bouddhiste : « Une seconde de lumière suffit à effacer dix mille ans d’obscurité. »
VIII
La guerre
Paris, 1993 — 2002Me voilà redescendu. De retour dans le désert, avec une étoile brillant au loin. Mon premier réflexe : utiliser ce que j’ai vu là-haut pour dominer. Dark Vador. Contrôler cette énergie, la mettre au service de mon ambition. Sauf qu’elle ne se laisse pas contrôler. Commence alors une guerre intérieure de neuf ans. En maths sup à Chaptal, mes questions vont trop loin — les profs préparent un concours, pas une quête de sens. En janvier 1994, je ne parviens plus à sortir de ma chambre de bonne dans le 17ème. Puis je reçois une lettre de mon ami d’enfance de Toulouse. La première phrase : « Vis chaque instant comme si tu allais vivre mille ans et mourir demain. » Je me fais une expérience de pensée : si Dieu venait me dire que je meurs demain, est-ce que je continuerais de faire ce que je fais ? Évidemment que non. Je quitte la prépa. Je passe par la physique, puis j’intègre la Sorbonne en philosophie en 1998, où enfin toutes mes questions ont un sens.
IX
La non-pensée
La Sorbonne, juin 2002Mon mémoire de maîtrise porte sur l’Être de la Science de la Logique de Hegel. Le système hégélien promet de tout expliquer. Mais dès les premières lignes, Hegel affirme que l’être pur est néant. Et là, je bloque. Accepter cela, c’est nier mon intériorité. Car ce que je ressens à l’intérieur de moi-même, c’est que l’être n’a pas besoin de l’existence pour être. Le créé ne peut pas saisir son origine sans renoncer à lui-même. Je suis face à un choix : nier mon intériorité pour continuer à penser l’absolu, ou accepter que ma pensée est plus petite que ce qu’elle prétend saisir. Je choisis de renoncer. Et en un instant, tout s’arrête. Ma pensée hyperactive depuis neuf ans se tait. Ma conscience se déplace vers le centre de mon plexus solaire. Le cerveau devient outil, pas maître — il s’allume quand l’intériorité le demande, et s’éteint quand elle ne le sollicite plus. J’avais atteint la non-pensée.
X
La naissance de Kâ Expertise
2002 — aujourd’huiEn ce mois de juin 2002, je rends mon mémoire, très critique à l’égard de la pensée hégélienne et même de la philosophie en général. La philosophie comme moyen de penser l’absolu, c’est fini. Comme outil pour avoir un esprit critique, conceptualiser, réfléchir — formidable. Mais dès qu’elle se donne l’ambition de tout penser par le concept, c’est mort. Alors je me donne un objectif : aller au cœur de la société, au cœur du système, au cœur de l’entreprise — là où l’argent se génère, là où vivent monsieur et madame tout-le-monde — pour y intégrer la spiritualité. Pas sur une montagne. Pas dans une tour d’ivoire. Au cœur du réel. Vingt et un ans plus tard, Kâ Expertise est née de cette promesse. Une entreprise de conseil en transformation organisationnelle, enracinée dans l’expérience de l’Être, au service du déploiement de ce qui est déjà là.